Les fabricants de détecteurs de fumée sur le pied de guerre



• Le 8 mars, tous les logements devront être équipes d'une alarme incendie.

• Les industriels s'organisent pour profiter de l'envolée des ventes.

Plus qu'un mois. Le 8 mars prochain, tous les lieux d’habitation devront être équipes d'au moins un « détecteur avertisseur autonome de fumée » La fin d'un interminable feuilleton législatif La proposition de loi Morange déposée en septembre 2005 à l'Assemblée nationale, n’avait été adoptée qu'en mars 2010 à I’issue d’allers-  retours entre les deux chambres Avant qu'un amendement de la loi Alurde 2014 n'impose aux propriétaires la responsabilité de I’installation.

Selon une étude de EVA commandée par la marque américaine Kiddé, 87 % des Français sont au fait de la législation Le taux d'équipement n’excède pourtant pas 20 à 25 %, d'après les estimations des sapeurs-pompiers et des industriels

Les pessimistes tablent sur 35 % fin 2015 et les optimistes sur 50 % II faut dire que la loi ne comporte pas de disposition coercitive

Jusqu'à 10 millions de ventes en 2015

En 2013, le marché français des détecteurs de fumée s’est élevé à 768 000 unités pour un chiffre d'affaires de 13 millions d’euros, selon I’institut GfK En tout 5 millions de détecteurs auraient été vendus entre 2009 et 2014 Au dire de certains industriels, les ventes 2015 pourraient à elles seules représenter plus du double « Nous avons vu une accélération des septembre », indique Gaelle Alloin, directrice marketing de Kidde. La PME française Nexelec, qui commercialise la marque Insafe depuis mai 2013 surfe sur I’ascension du marché. Son chiffre d’affaires a bondi de 300 DOO euros en 2013a2,3 millions d’euros en 2014 et son cofondateur, Frank Greard, vise les 15 millions d’euros cette année. La société qui a misé sur un positionnement made in France qualitatif et design, veut écouler 2 millions d'unités en 2015, contre 500 000 au cours des dix-huit derniers mois Des cadences de production infernales qui ont poussé la PME à sous-traiter la fabrication près dc Saint Malo (200 emplois indirects crées). « Nous passons à 150 000 unités par mois dès avril.  C'est là qu'il est intéressant de fabriquer en France, car le suivi qualité est beaucoup plus efficace », indique le président.

Si les fabricants ont tous anticipe la vague, des ruptures de stock guettent néanmoins A tel point que vendredi via un amendement à la loi Macron I’Assemblée a décidé d'allonger le délai d'équipement au 1er janvier 2016 pour les propriétaires ayant signé un contrat d'achat. « Certains doivent faire face à une indisponibilité des détecteurs ou des entreprises d'installation » justifie l'exposé des motifs.

Les chiffres clefs

33% : LE TAUX D'APPAREILS DÉFECTUEUX

Six sur les dix-huit testes par I UFC-Que Choisir sont défectueux ou non conformes. L’association dénonce un marché « pas assaini »

89% : LE TAUX D'EQUIPEMENT AU ROYAUME-UNI

Rendu obligatoire dans les nouvelles constructions voilà vingt-quatre ans le détecteur de fumée y aurait permis une diminution de 50 % des décès en vingt ans.

Si tenir la cadence est le premier souci des fabricants, certains ont pris une longueur d’avance sur Ie marché du renouvellement. «Les gens vont d’abord opter pour des détecteurs a 15 euros avant d'enlever les piles a la première sonnerie a 85 décibels (I’équivalent d’un Klaxon) pour la fumée d'une raclette ou la vapeur d’eau d’une douche », pane un industriel Nest, la filiale de Google, intègre a ses détecteurs non seulement un capteur de monoxyde de carbone mais aussi une fonction vocale, une veilleuse nocturne et une possibilité de connecter l'appareil à d’autres équipements, comme des ampoules clignotantes « La technologie des détecteurs de fumée a été inventée en 1940 et n’a quasiment pas évolué depuis, glisse Lionel Paille, directeur Europe de Nest Avec des couleurs des sons des lumières, nous avons voulu aussi instaurer un contact émotionnel avec l'objet ».

Pour cela il faudra tout de même débourser 109 euros •

 

Timothée Vîlars

tvdars@lesechos fr